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Le tiers qui soigne...

Entre le soignant et le malade, le tiers qui soigne... Il y a, au cœur de tout soin, une scène que l'on croit connaître et que l'on regarde pourtant à peine : d'un côté celui qui soigne, de l'autre celui qui est malade. Deux figures posées face à face comme le noir et le blanc d'un damier. On croit que tout se joue dans cette opposition : le savoir d'un côté, la souffrance de l'autre ; la blouse d'un côté, le lit de l'autre. Comme si la santé et la maladie étaient deux territoires séparés par une frontière nette, et qu'il suffisait de passer de l'un à l'autre. Mais cette frontière est une illusion. Nul n'est soignant d'un seul bloc, nul n'est malade tout entier. Celui qui soigne porte en lui ses propres fragilités, ses nuits, ses peurs ; celui qui est malade garde sa force, sa dignité, sa part vivante et debout. Vouloir effacer cette dualité, prétendre que le soignant serait pure lumière et le malade pure ombre, c'est trah...

Le soignant dans le labyrinthe

 À la recherche de la lumière : le soignant face à la paperasse Il y a deux métiers dans la vie d'un infirmier libéral. Le premier, celui que j'ai choisi à vingt ans, c'est le patient : la porte qui s'ouvre le matin, la main qu'on prend, le mot qu'on dit à celui qui a passé une mauvaise nuit. Le second, dont personne ne parle quand on débute, c'est l'administratif. Et c'est de celui-là que je veux parler, sans amertume mais sans naïveté. Car derrière la blouse, il y a un chef d'entreprise. Nous sommes des entrepreneurs individuels, avec tout ce que cela suppose de comptabilité, de cotisations et de déclarations. Notre cœur de métier, c'est le soin. Mais notre quotidien réel, c'est aussi un bureau et une pile de courriers qui ne se vide jamais. Une nomenclature comme un labyrinthe La facturation, d'abord. L'infirmier travaille avec une nomenclature qui lui est propre, la NGAP : illisible pour qui n'a pas appris à la déc...

Au rythme du soleil

  Au rythme du soleil Notre journée commence quand la plaine dort encore. 4 h 30, parfois 5 heures. On part dans la nuit, et bien souvent on rentre quand elle revient, vers 20 heures.  Entre les deux, il y a les routes de la vallée, les portes qu’on pousse, les visages qu’on retrouve. Et au-dessus de tout cela, il y a le ciel, celui qui décide, ici, du rythme de nos journées. Car à Solliès-Pont, on ne soigne pas hors-sol. Nous sommes dans la plaine, cette belle plaine cultivée du Gapeau où poussent les fruits et les légumes, et l’on vit avec les saisons comme les arbres qui nous entourent.  L’été, dès 9 h 30, le thermomètre grimpe au sud de 30 degrés. On boit des litres d’eau, on enchaîne les visites sous un soleil qui ne pardonne pas, parfois avec le vent qui assèche tout. Le soir, l’organisme est exténué d’avoir séjourné dehors.  L’automne et l’hiver apportent la pluie battante et les rafales ; la clim chaude au petit matin, la clim froide l’après-midi venu. Notr...

Le Seuil

Le seuil...  Il y a un geste que je fais des dizaines de fois par jour, et qui n’est inscrit dans aucun protocole : je m’arrête devant une porte.  Avant de soigner, j’entre. Et entrer chez quelqu’un n’a rien à voir avec pousser la porte d’une chambre d’hôpital. À l’hôpital, c’est le patient qui arrive dans notre monde : nos horaires, nos rythmes, nos blouses. À domicile, c’est l’inverse : c’est moi qui arrive dans le sien. Je ne suis pas chez moi. Je suis reçu.  Beaucoup de mes patients m’ont confié leurs clés. Un petit trousseau qui change tout. On ne mesure pas, je crois, ce que représente le fait de remettre la clé de chez soi à quelqu’un. C’est dire : entre, même quand je ne peux pas t’ouvrir, même quand je dors, même quand je ne suis plus tout à fait capable de venir jusqu’à la porte. C’est une confiance qui se passe de mots.  Alors je franchis le seuil avec une règle que je me suis donnée : être présent, mais jamais de trop. Passer deux ou trois fois par jour c...