Le tiers qui soigne...
Entre le soignant et le malade, le tiers qui soigne... Il y a, au cœur de tout soin, une scène que l'on croit connaître et que l'on regarde pourtant à peine : d'un côté celui qui soigne, de l'autre celui qui est malade. Deux figures posées face à face comme le noir et le blanc d'un damier. On croit que tout se joue dans cette opposition : le savoir d'un côté, la souffrance de l'autre ; la blouse d'un côté, le lit de l'autre. Comme si la santé et la maladie étaient deux territoires séparés par une frontière nette, et qu'il suffisait de passer de l'un à l'autre. Mais cette frontière est une illusion. Nul n'est soignant d'un seul bloc, nul n'est malade tout entier. Celui qui soigne porte en lui ses propres fragilités, ses nuits, ses peurs ; celui qui est malade garde sa force, sa dignité, sa part vivante et debout. Vouloir effacer cette dualité, prétendre que le soignant serait pure lumière et le malade pure ombre, c'est trah...