Au rythme du soleil

 Au rythme du soleil



Notre journée commence quand la plaine dort encore. 4 h 30, parfois 5 heures. On part dans la nuit, et bien souvent on rentre quand elle revient, vers 20 heures. 


Entre les deux, il y a les routes de la vallée, les portes qu’on pousse, les visages qu’on retrouve. Et au-dessus de tout cela, il y a le ciel, celui qui décide, ici, du rythme de nos journées.


Car à Solliès-Pont, on ne soigne pas hors-sol. Nous sommes dans la plaine, cette belle plaine cultivée du Gapeau où poussent les fruits et les légumes, et l’on vit avec les saisons comme les arbres qui nous entourent.

 L’été, dès 9 h 30, le thermomètre grimpe au sud de 30 degrés. On boit des litres d’eau, on enchaîne les visites sous un soleil qui ne pardonne pas, parfois avec le vent qui assèche tout. Le soir, l’organisme est exténué d’avoir séjourné dehors. 

L’automne et l’hiver apportent la pluie battante et les rafales ; la clim chaude au petit matin, la clim froide l’après-midi venu. Notre voiture devient une cabine qui suit le thermomètre du jour.


Mais il y a aussi les saisons heureuses. Les amandiers en fleurs qui annoncent que l’hiver lâche prise. La figue de Solliès, notre fierté, qu’on voit mûrir de tournée en tournée. Ces moments où la nature, en travaillant, nous accompagne dans notre propre travail.

Je crois que ce lien à la terre, je le porte en moi. Je viens d’une lignée d’agriculteurs ; mes grands-parents vivaient au rythme des récoltes et du ciel, eux aussi. 

Alors quand je roule dans la plaine, quand j’aperçois Solliès-Ville et son église perchée qui veille sur la vallée, ou le Coudon qui domine tout le Toulonnais, quelque chose se répare. Même épuisé, même au bout d’une longue journée, ce paysage me régénère. La lumière du Var n’éclaire pas seulement les routes : elle nous tient debout.

Car notre métier connaît des moments difficiles , la fatigue, la maladie des autres, parfois leur départ. Et dans ces instants, c’est souvent la lumière qui nous aide à avancer. 

Un lever de soleil derrière les collines. Un coteau qui s’embrase au couchant. Le rappel discret que la vie continue, dehors, généreuse.

Nous sommes des soignants, mais aussi un peu des terriens. Nous travaillons au rythme du soleil. Et c’est lui, finalement, qui nous apprend chaque jour à durer.:


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