Ce que la plaie ne dit pas
Il y a des plaies qui refusent de se fermer. On les connaît, ces ulcères de jambe qui traînent des mois, qui semblent narguer le protocole. On change les compresses, on change les pansements, on passe à l'hydrocellulaire, puis à l'alginate, puis à l'interface. On mesure, on photographie, on transmet. On finit par douter de soi. Chez cet homme, rien ne bougeait. Quatre-vingt-deux ans, une jambe droite qui suintait depuis l'automne, un bilan vasculaire correct, une compression bien conduite. Tout était en ordre. Tout, sauf la plaie. Un matin, je me suis assis. Non pas pour soigner, simplement pour être là. Je lui ai demandé comment il dormait. Il ne dormait plus. Depuis six mois, depuis le jour où sa femme était partie, il ne montait plus à la chambre. Il passait ses nuits dans le fauteuil du salon, la jambe pendante, à regarder la porte d'entrée comme si elle allait s'ouvrir. Il n'en avait parlé à personne. Personne ne le lui avait demandé. La plaie s'e...